Communication institutionnelle

Une prestation, deux publics, une interview

Croix-Rouge vaudoise

2026

Signé Aline Carrupt

  • Stratégie éditoriale
  • Interview journalistique
  • Rédaction
  • Photographie de reportage

Support

  • Web

La demande

La Croix-Rouge vaudoise propose un service de garde d'enfants malades à domicile, assuré par des assistantes formées et disponibles sur appel. Une prestation utile, rassurante, professionnelle. Et pourtant trop souvent ignorée. L'enjeu était double: convaincre des parents débordés d'oser y recourir, et attirer des personnes prêtes à s'engager — bénévolement ou à titre salarié — dans cette mission de terrain. Deux publics distincts. Un seul article pour les atteindre tous les deux.

La réponse

Pour une institution comme la Croix-Rouge, le risque est connu : tomber dans le communiqué institutionnel. Le ton lisse, les formules convenues, le lecteur qui décroche après trois lignes. Avec mon bagage de journaliste, nous avons choisi l'inverse. Une interview. Une vraie. Celle de Maria de Fátima, assistante Croix-Rouge, dont le parcours — du café-restaurant veveysan aux chambres d'enfants malades — raconte mieux que n'importe quel argumentaire ce que cet engagement signifie concrètement.

En lui donnant la parole, le texte répond aux deux publics en même temps. Le parent hésitant comprend comment se passe une intervention, comment la confiance se construit, pourquoi ce service mérite qu'on l'appelle sans attendre. La personne curieuse de s'engager trouve un témoignage sans langue de bois — et l'envie de franchir le pas.

L'article a été publié sur le site de la Croix-Rouge vaudoise et repartagé sur leurs réseaux sociaux. Les photos ont été réalisées le jour même de l'interview.

Interview

Un soutien précieux pour les familles

Ancienne propriétaire d’un café-restaurant à Vevey, à la fois suissesse et portugaise, Maria de Fátima s’épanouit professionnellement dans la prise en charge des enfants malades à domicile. Rencontre avec une assistante Croix-Rouge (ACR) qui a fait du contact humain le cœur de son métier.

Maria de Fátima, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer ce qui vous a attirée à la Croix-Rouge?

J’étais propriétaire d’un café-restaurant à Vevey pendant cinq ans. C’était mon rêve. Bien que couturière de formation, j’étais surtout intéressée par le contact humain. Au restaurant, j’avais beaucoup de clients qui venaient pour avoir une oreille, une écoute. Mais le stress était devenu trop important. Après deux malaises cardiaques, j’ai dû faire un choix : j’ai choisi de vivre ! J’ai vendu mon établissement – juste avant le COVID – et j’ai cherché comment conserver ce contact humain qui m’est si précieux. Mon intuition m’a menée vers la Croix-Rouge. J’avais déjà suivi des formations de proche aidante pour ma belle-mère atteinte de Parkinson. C’est devenu une évidence.

Quelles sont les situations qui amènent les parents à faire appel à vos services?

Les parents font appel à notre service quand leur enfant ne peut pas aller à la garderie ou à l’école à cause de la maladie, et qu’eux-mêmes ne peuvent s’absenter du travail. Même en télétravail, leur concentration professionnelle ne leur permet pas d’être pleinement disponibles pour leur enfant. C’est précisément dans ces situations que nous intervenons à domicile pour prendre le relais, sur appel.

« On vit dans un monde bruyant, j’essaie d’offrir un peu de silence et des moments d’écoute. Les gens en ont besoin, et moi aussi. »

Maria de Fátima

Pouvez-vous nous raconter une intervention qui vous a particulièrement marquée?

C’est difficile de faire un choix car elles sont toutes importantes. Chaque enfant est différent. Certains sont très vifs et autonomes, ils m’expliquent tout. D’autres s’attachent beaucoup car nous ne venons que pour eux, parfois sur plusieurs jours. Forcément, nous nous y attachons aussi.

 

« Être assistante Croix-Rouge, c’est un travail utile pour soi, mais aussi pour la société. C’est participer au bien commun. »

Maria de Fátima

Comment les enfants réagissent-ils généralement à votre arrivée ? Comment créez-vous le lien de confiance?

La première approche n’est pas toujours évidente. Les enfants peuvent se montrer méfiants. Ça commence parfois par des pleurs. C’est normal, il faut passer au-dessus de ça avec patience et bienveillance. Et trouver des points communs entre eux et nous. Pour créer ce lien, les jeux peuvent aider… Ma voiture en est pleine !

Et avec les parents?

Les parents aussi peuvent être angoissés, alors que d’autres ont pleine confiance dès le départ. Je me mets à leur place, et franchement, je les comprends. En ce qui me concerne, il faut savoir s’adapter, respecter le cadre familial, les différentes cultures, religions et habitudes alimentaires.

Concrètement, que faites-vous pendant une garde?

Avant nos interventions, nous recevons une carte de soins qui contient toutes les informations sur l’enfant, sa maladie et notre mission. Sur place, nous nous occupons de tout ce qui concerne leur bien-être : cuisine, soins d’hygiène, administration de médicaments, jeux, sorties si leur état le permet. Mais même si certains parents nous le demandent, nous devons nous montrer clairs. Par exemple, nous ne sommes pas là pour faire le ménage.

Quels types de soins pouvez-vous prodiguer?

Nous avons une formation aux premiers secours avec des mises à jour régulières. Nous pouvons administrer des médicaments prescrits et prodiguer des soins de base. En cas de problème, nous avons toujours une infirmière référente à disposition pour nous guider.

Quelle formation avez-vous suivie pour devenir ACR?

J’ai d’abord suivi la formation de proche aidante, puis celle de garde d’enfants malades. Nous avons des formations continues très utiles, notamment sur les différentes maladies. Il y a aussi une supervision annuelle où nous échangeons nos expériences, c’est très enrichissant.

Quelles qualités faut-il avoir pour exercer ce métier?

Je pense qu’il faut avoir une bonne faculté d’adaptation, de la souplesse et de la compassion. Le côté professionnel ne suffit pas. Dans certaines interventions assez chargées en négativité, il faut aussi savoir prendre du recul.

« La communication avec les enfants est différente de celle avec les adultes ; c’est une communication de cœur à cœur et d’âmes à âme ».

Maria de Fátima

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce travail?

Tout ! La gestion de mon planning, la découverte d’autres cultures, de façons de vivre. Mais ce qui est aussi passionnant, c’est de découvrir les univers des enfants, leurs habitudes, leurs dessins animés préférés, etc. Ce travail a changé ma façon de voir les enfants. Aujourd’hui, j’ai toujours envie d’aller vers eux.

Y a-t-il des défis particuliers?

La plus grande difficulté, c’est quand les enfants résistent pour prendre ses médicaments. Heureusement, les parents nous préviennent généralement. Il faut aussi respecter certaines consignes : pas de trottinette, pas de piscine… Cela nécessite parfois quelques négociations avec les enfants mais on trouve toujours des solutions pour les convaincre en douceur.

Avez-vous un message pour les parents qui hésiteraient à faire appel à vos services?

Il ne faut pas hésiter ! Nous rentrons dans l’intimité des familles, c’est une grande responsabilité et nous la prenons très sérieux. Les enfants restent au centre. Je leur dirais aussi que nous respectons toujours leurs cadres de vie et que nous nous adaptons à leurs habitudes et cultures.

Et pour les personnes intéressées par devenir ACR?

Je les encourage vivement ! C’est une activité très riche et variée qui apporte énormément, tant sur le plan personnel que professionnel. Chaque journée est différente, chaque enfant nous fait grandir. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, nous ne sommes jamais vraiment seules : il y a les échanges avec nos collègues lors des formations, notre groupe WhatsApp, les supervisions. Nous sommes très bien accompagnées par toute l’équipe de la Croix-Rouge!

Photographies